21/04/2026
Haaaaa la NGAP et ses mystères
Ginette était assise dans son fauteuil, couverture sur les genoux, café sur la table. Elle me regarde avec ce regard de patiente qui sait très bien qu’elle va poser une question compliquée.
— Dites-moi Tof… vous gagnez bien votre vie avec tous ces soins ?
Je pose mon sac, je soupire doucement, et je lui dis :
— Ginette… asseyez-vous bien. Aujourd’hui je vais vous expliquer la NGAP.
Elle me regarde.
— La quoi ? La nappe ?
— La NGAP. La Nomenclature Générale des Actes Professionnels. En résumé, c’est le livre qui dit comment on facture les soins.
Ginette plisse les yeux.
— Ah… comme un menu au restaurant ?
— Oui… sauf que le menu change tout le temps et que parfois le dessert est gratuit… mais pour le client.
Elle sourit déjà.
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Alors je lui explique.
— En théorie Ginette : je fais un soin → je facture un code.
— Logique.
— En pratique : je fais un soin → je cherche le code → je relis → je doute → j’appelle un collègue → je re-doute… puis je facture.
— Donc vous improvisez ?
— Non… j’interprète.
— Par exemple Ginette, quand je vous fais une injection, ça s’appelle AMI 1.
— Pourquoi 1 ?
— Personne ne sait vraiment. C’est un peu comme le code secret d’un coffre-fort administratif.
Elle hoche la tête.
— Et quand vous faites plusieurs soins ?
— Ah… là arrive l’article 11B.
Ginette me regarde.
— C’est quoi ce truc ?
— C’est la règle magique de la NGAP. Quand je fais plusieurs soins chez vous, le premier est payé 100 %.
— Normal.
— Le deuxième est payé 50 %.
— Déjà moins drôle.
— Et le troisième… il est gratuit.
Ginette ouvre grand les yeux.
— Gratuit ?!
— Oui Ginette. À partir du troisième soin, on travaille pour l’amour de la médecine et pour la gloire de la Sécurité Sociale.
Elle éclate de rire.
— Ah ben dis donc… vous êtes généreux !
— Attendez… il y a des dérogations.
Elle se redresse.
— Ah !
— Parfois certains actes peuvent être cumulés à 100 %.
— Donc c’est mieux !
— Oui… sauf qu’il faut connaître les règles exactes, savoir quels actes sont concernés et vérifier les conditions.
— Sinon ?
— Sinon… tu cotes mal.
— Et donc ?
— C'est jamais bon pour nous.
Je continue.
— Ensuite Ginette… il y a les soins hors nomenclature.
— Ça sonne déjà pas bon.
— C’est quand je fais quelque chose d’utile… mais que la NGAP dit :
“Ça, tu ne le factures pas.”
— Comme quoi ?
— Par exemple : Prendre une tension, mettre des bas de contention, réparer votre télécommande, discuter 20 minutes parce que ça ne va pas, vous rassurer, chercher le chat sous le lit.
Ginette me regarde.
— Donc tout ce que vous faites chez moi en fait ?
Je souris.
— Voilà.
— Et vous êtes payé ?
— Non.
Elle pose sa tasse.
— Ah oui… c’est un concept.
Ginette éclate de rire.
— Donc si je résume : soit vous êtes payé à moitié, soit pas du tout.
— Et si vous vous trompez?
Je la regarde.
Je prends un ton un peu plus sérieux.
— Et là Ginette… on arrive au truc qui fait peur.
— Ça s’appelle l’indu.
Elle me regarde.
— C’est quoi encore ce machin ?
— C’est quand la CPAM dit :
“Vous avez trop facturé, vous avez fait des erreurs… vous nous devez de l’argent.”
Ginette ouvre grand les yeux.
— Ils vous reprennent l’argent ?
— Oui. Et parfois longtemps après.
— Ah oui… ils rigolent pas.
— Non Ginette. La NGAP, c’est un jeu… mais sans joker.
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Je continue.
— Prenons les perfusions.
Ginette regarde la poche accrochée.
— Ça c’est simple pourtant.
— Pour vous oui. Pour la NGAP non.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il existe quinze façons différentes de coter une perfusion : la pose, la surveillance, la dépose, la courte, la longue, l'intervention, l'astreinte…
Ginette me coupe :
— Mais c’est toujours le même tuyau !
— Exactement.
Elle conclut :
— Ils doivent bien s’amuser dans les bureaux.
— Oui et parfois Ginette, ils rajoutent une circulaire pour nous remettre dans leur droit chemin.
— Et?
— Ben c'est jamais drôle pour nous
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Je poursuis.
— Et pour les patients diabétiques, comme Marcel votre voisin…
— Ah Marcel et son sucre…
— Eh bien moi je fais la glycémie, l’injection, la surveillance, les conseils, je regarde les pieds…
Ginette attend la chute.
— Et la NGAP dit : **AMI 1 + AMI 1 **.
Elle me regarde.
— C’est tout ?
— Voilà.
Ginette éclate de rire.
— Ils sont forts quand même.
— Attendez… Marcel a 75 ans demain.
— Oui ?
— Là je peux faire AMI 4 une fois par semaine…
— Ah !
— …mais faut rester 30 minutes…
…et qu’il ait de l’insuline…
…et que les planètes soient alignées.
Ginette soupire.
— C'est pire que les conditions pour se présenter à Miss France
— C'est presque ça…
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Je lui parle ensuite du BSI.
— Ça c’est le bilan pour les patients dépendants.
— Et vous faites quoi ?
— Je dois tout évaluer : la toilette, la mobilité, l’autonomie, la nutrition, les risques…
Ginette me coupe.
— Et combien de temps ça vous prend ?
— Quarante minutes devant l’ordinateur.
— Et après ?
— Le logiciel me dit : forfait basique.
Ginette tape dans ses mains.
— Ah ça c’est magnifique.
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Je continue.
— Il existe aussi une majoration qui s’appelle MCI.
— Ça veut dire quoi ?
— Majorations coordination infirmière c'est pour patients compliqués.
Ginette me regarde.
— Donc pour moi ?
Je souris.
— Non Ginette… vous êtes juste très bavarde, ce n’est pas dans la nomenclature.
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Puis je lui parle de la MAU.
— C’est quand je me déplace pour un seul acte et AMI inférieur ou égal à 1.5
— Comme aujourd’hui avec mon injection ?
— En théorie oui.
Elle regarde la table.
— Pourtant vous avez fait la tension, regardé mon pansement, réglé ma télé et retrouvé mes lunettes.
Je soupire.
— Voilà Ginette… la réalité IDEL.
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Elle réfléchit un instant puis dit :
— Donc si je comprends bien… votre travail c’est soigner les gens…
— Oui.
— Et aussi comprendre ce livre bizarre ?
— Exactement.
Elle conclut en buvant son café :
— Infirmier… vous êtes moitié soignant… moitié détective administratif.
Je me lève.
Je vais partir.
Puis je me retourne.
— Ah Ginette…
Elle me regarde, méfiante.
— Il y a un nouveau truc.
— Non…
— Si.
— C’est quoi ?
— L’avenant 11.
Silence dramatique.
— Et ça change quoi ?
— Tout… et pas grand-chose.
— Et ?
— Quand le Journal Officiel va sortir…
— Oui ?
— Je vais devoir revenir vous expliquer.
— Combien de temps ?
Je la regarde.
— Une heure.
Elle ferme les yeux.
Respire.
Puis dit :
— Amenez les croissants.
Je souris.
— Avec plaisir Ginette. 🥐