29/10/2026
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: L'ODYSSÉE DE HAWA
: ROMAN
: Fatoumata Binta Bah
:
Qui mieux qu’une femme pourrait raconter les souffrances que tant d’autres endurent en catimini, loin des regards et à l’abri des oreilles indiscrètes ?
Un proverbe soussou nous enseigne cette sagesse dans ce distique :
« Si l’on peut broyer du manger pour l’enfant,
On ne peut le lui avaler cependant. »
Autrement dit, on peut préparer le chemin pour autrui, mais nul ne peut parcourir ce chemin à sa place. De même, si certains peuvent témoigner des souffrances féminines, les femmes demeurent les mieux placées pour faire entendre, de l’intérieur, les douleurs qu’elles vivent, les blessures qu’elles taisent et les humiliations qu’elles subissent.
C’est dans cette perspective que l’autrice Fatoumata Binta Bah nous ouvre la boîte de Pandore d’un destin féminin meurtri. À travers L’Odyssée de Hawa, elle nous entraîne sur les sentiers escarpés du martyre d’une jeune fille mariée trop tôt, trop jeune pour porter le lourd fardeau d’un foyer, et plus encore pour affronter les mauvais traitements d’un époux qui semble ne voir en elle qu’un instrument au service de ses propres désirs.
À travers ce récit, Fatoumata Binta Bah lève le voile sur une réalité sociale, brise la loi du silence et donne une voix à celles dont les cris ne franchissent parfois jamais le seuil de leur propre maison.
Trois jours s’étaient écoulés depuis la visite à l’hôpital. Hawa, toujours faible, essayait de se reposer comme les médecins le lui avaient conseillé. Elle portait en elle une vie fragile, un espoir, mais aussi un lourd fardeau. Mais pour Ibrahim, la grossesse ne changeait rien à ses exigences. Un matin, alors qu’il s’apprêtait à sortir, il lança sèchement : « Tu t’es assez reposée maintenant. Tu dois recommencer le ménage ! ».
Hawa baissa les yeux. Elle n’avait pas la force de discuter, ni même de se défendre. Malgré la fatigue, les nausées, et les douleurs, elle se leva.
Leur maison était située à l’étage d’un immeuble sans ascenseur. Il n’y avait pas d’eau courante à l’intérieur, et chaque jour, il fallait descendre chercher de l’eau dans de grands bidons, puis les faire remonter, marche après marche. Hawa, enceinte de deux mois, transportait chaque jour plus de vingt bidons d’eau, seule.
Les voisins la voyaient, mais peu osaient intervenir. Certains baissaient les yeux, d’autres murmuraient entre eux. Hawa, elle, continuait, en silence. Le soir, elle s’asseyait au bord de son lit, le dos courbé, les mains tremblantes. Elle posait sa main sur son ventre et murmurait :
« Pardonne-moi, mon enfant… Je fais ce que je peux !».
Mais au fond d’elle, une colère grandissait. Une colère froide, tranquille. Pas contre l’enfant. Pas même contre la vie. Mais contre ce système, contre ce mari qui ne voyait en elle qu’une servante silencieuse.
Hawa était entrée dans son troisième mois de grossesse. Ce lundi-là, la journée avait été particulièrement éprouvante. Comme toujours, elle avait fait le ménage, lavé les vêtements, porté de lourds bidons d’eau jusqu’à l’étage. Son corps fatigué criait au repos, mais la réalité ne lui laissait aucun choix.
À 20h, alors qu’elle venait à peine de s’asseoir pour souffler, une douleur vive lui transperça le bas-ventre. Elle se plia légèrement, posa la main à l’endroit douloureux. Ce n’était pas une simple fatigue. C’était une douleur inhabituelle… inquiétante.
Elle appela doucelement :
« Ibrahim… J’ai mal au ventre… Ce n’est pas normal !».
Ibrahim, installé dans le salon avec son téléphone, ne leva même pas les yeux :
« Prends du paracétamol et ça va passer ! ».
Hawa obéit, comme toujours. Elle avala un comprimé, espérant que la douleur se calmerait. Mais au lieu de ça, elle s’intensifia. Les heures passaient, et son corps ne laissait plus de place au doute.
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